ORDENER CHAUSSEUR

Equilibre par la base

Charles Ordener à strasbourg

Le pied pour modèle, il sculpte des semelles.

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Charles Ordener, en Lorraine, continue à fabriquer artisanalement ses semelles orthopédiques, tout comme Jean michel, son cousin de Toulouse.

Passé la salle d’attente, un local de quelques mètres carré. Accroché au mur, un tableau récapitule toutes les formes de pieds, du plus plat au plus arqué. Première cliente de l’après-midi, Catherine s’installe dans le fauteuil en cuir marron. C’est une nouvelle patiente. A 62 ans, Charles Ordener en a vu et palpé, des pieds. L’ordonnance du prescripteur sur la table, il établit son propre diagnostic. Sa technique consiste à mesurer directement le pied et à fabriquer des semelles dans l’heure.

Le podologue passe à la confection. Il prend une base dure en résine qu’il pose sur sa table de travail. Il se munit ensuite d’un morceau de mousse bleue et d’un autre de liège pour réaliser le rebord de la semelle. Il enduit de colle néoprène ces trois parties puis les assemble. Il peut commencer les mesures. Charles Ordener applique l’ébauche de semelle sur la voûte plantaire de Catherine et trace au stylo des répères sur la peau. Après avoir affûté la lame d’un tranché, outil qui ressemble au ciseau à bois des ébénistes, il sculpte la mousse et le liège. L’odeur de colle gagne peu à peu toute la pièce. Il termine par le ponçage à l’aide d’un papier de verre pour lisser les aspérités de la mousse. « Je n’utilise que des matières qui peuvent se travailler à la main. D’autres se servent de machines. Mais je trouve qu’on perd le contrôle exact de ce que l’on fait. »
Podologue de formation, Charles Ordener accueille depuis 35 ans ses clients dans cette même officine. « Je travaille sur le vif et non à partir d’empreintes, c’est la grande différence avec mes confrères », explique-t-il d’un air amusé. ll s’agit de la méthode Ostermann, du nom du médecin qui l’a mise au point, dans les années 1950. « Lors de mes études à Paris, il m’a enseigné sa façon de faire, raconte-t-il. Je suis un oiseau rare dans la profession, des clients viennent même du Luxembourg pour me voir. »

La phase de modelage terminée, les semelles sont glissées dans les chaussures de Catherine. Elles s’arrêtent aux deux tiers du pied, avant le début des articulations des orteils pour ne pas les comprimer. La patiente arpente le cabinet pour tester son équipement. Charles Ordener recouvre alors les semelles d’un cuir traité avec un tannage végétal, adapté à la transpiration. Catherine devra revenir dans deux mois pour un simple contrôle. Elle devrait pouvoir garder ses semelles près d’un an et demi.

Guillemette Echalier
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